mardi, décembre 16, 2025

Vérifier n’est pas douter 

 


Déontologie, Doudounes et Diapositives Empruntées

Ou comment la montagne devint un théâtre d’ombres

Il fut un temps bénit — les années 1990 — où, en alpinisme, la foi tenait lieu de preuve. Un récit bien raconté valait photo, une diapo floue faisait sommet, et une paroi invérifiable devenait chef‑d’œuvre. La presse spécialisée relayait, le public applaudissait, les sponsors sortaient les parkas. Rideau.

Le credo : « On le croit sur parole »

Dans ce petit monde, la déontologie ressemblait à un mousqueton décoratif : rassurant, rarement utilisé. Les chartes existaient, bien sûr — Munich, SNJ, FIJ — mais restaient au vestiaire pendant que les récits « nocturnes, par mauvais temps, sans témoins » passaient en une. La vérification ? Trop lourde pour l’altitude médiatique.

La machine à fabriquer du spectaculaire

Montagnes Magazine, Vertical et consorts vivaient d’un équilibre subtil : une ascension sensationnelle = des pages vues = des pages de pub. Résultat : quand un solo « impossible » frappait à la porte, on déroulait le tapis rouge. Les questions techniques passaient après le shooting produit.

Acte I — La trilogie qui se grimpe surtout à l’encre

1987‑1988 : on nous sert une trilogie d’enchaînements si secrets qu’aucune preuve n’en ressort. Parfait : l’invérifiable est photogénique. Les signaux d’alerte clignotent, mais la rédaction met des lunettes de soleil.

Acte II — Le sommet en diapo prêtée

Avril 1990 : annonce d’une face sud du Lhotse avalée en 62 heures. Deux photos « sommet » surgissent. Détail croustillant : elles ne sont pas de l’auteur proclamé. Qu’importe ! La combe ouest est belle, le papier est bouclé, la collection textile démarre.

Acte III — Le magicien révèle le truc

1993 : le vrai photographe sort de l’ombre. Les diapositives étaient prêtées. L’illusion s’évapore. Les dénégations s’emmêlent. On promet d’éclaircir… demain.

Les figurants principaux

Le Rédacteur en Chef : casque sur la tête, plume affûtée, confiance absolue. Il publie vite, rectifie lentement, et découvre plus tard que la vérité est un sport d’endurance.

Le Président de l’Institution : garant moral supposé. Il regarde la cordée médiatique passer, hoche la tête, et attend que la tempête se dissipe d’elle‑même.

Les contrefeux

Des années plus tard, on publie des livres sur « les mensonges » — ailleurs, plus tard, par d’autres. Excellent : on parle d’autre chose. Le public confond nettoyage et réaménagement.

L’addition humaine

Le gag cesse quand des imitateurs s’élancent, convaincus que « si c’est passé dans le mag, c’est faisable ». La montagne, elle, ne lit pas la presse. Elle encaisse.

Morale (provisoire)

En alpinisme comme en journalisme, l’éthique n’est pas un accessoire. Vérifier n’est pas douter : c’est protéger. À défaut, on fabrique des légendes… et parfois des drames.

Satire d’intérêt public. Toute ressemblance avec des pratiques réelles n’a rien de fortuit.